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The David Hockney Fondation nous a indiqué que ce dessin a été examiné par Mr. David Hockney et que celui-ci a confirmé qu’il en était bien l’auteur. Une photo de l’oeuvre sera intégrée dans les archives de la Fondation.

 

Ce dessin inédit, conservé dans une collection familiale française à l’abri des regards depuis son achat en galerie dans les années 70, est une redécouverte. Il représente Peter Schlesinger, l’amant de David Hockney, en 1972, l’année suivant leur rupture.  Ce dessin a vraisemblablement été réalisé lors d’un passage à Paris de Peter Schlesinger au printemps 1972, alors qu’Hockney était en train de finaliser ce qui est sans doute son plus célèbre tableau : « Portrait d’un artiste ».

 

  1. 1972 une année charnière dans la vie d’Hockney

 

L’année 1972 est une année charnière pour David Hockney. Son ancien amant, Peter Schlesinger a quitté son domicile de Powis Terrace en 1971[1] et Hockney s’est immergé dans la peinture, travaillant jour et nuit. Les toiles de cette période prolifique traitent souvent du thème de l’absence, mais également de ses réflexions sur l’histoire de l’art.

 

La soif de peindre d’Hockney continue pendant l’année 1972. Hockney travaille sur un tableau particulièrement ambitieux, qui lui demande immensément de travail et qui le replonge également dans sa l’intimité de sa relation avec Peter Schlesinger. Ce tableau nait de la juxtaposition fortuite de deux photos dans son studio : l’une représente un homme nageant sous l’eau quand l’autre représente un personnage debout, le regard dirigé vers le sol, qui deviendra la représentation de Peter Schlesinger dans « Portrait d’un artiste ». Le titre du tableau dans lequel on peut voir une certaine ironie fait référence à l’activité artistique de Peter Schlesinger qui est encore aujourd’hui un sculpteur reconnu.

 

Hockney peint une première version de ce tableau pendant quatre mois à la fin de l'année 1971, mais, insatisfait de la composition, il abandonne son travail et décide de recommencer à zéro. Il part ensuite pendant plusieurs mois avec Mark Lancaster, avant de se remettre au travail au début de l'année 1972.

 

En avril 1972, Hockney se rend dans le sud de la France afin de mieux visualiser la silhouette nageant sous l'eau, utilisant pour cela la piscine de la villa du réalisateur Tony Richardson Le Nid du Duc, près de Saint-Tropez. L'assistant de Hockney, Mo McDermott, recrée la pose de l'homme debout, tandis qu'un jeune photographe, John St Clair, incarne le nageur. Hockney rend des centaines de photographies basées sur sa composition originale.

 

De retour dans son atelier londonien, Hockney assemble les photos avec celles de Peter Schlesinger prises à Kensington Gardens, où celui-ci portait la même veste rose. Hockney travaille sur le tableau pendant deux semaines, à raison de 18 heures par jour, et ne le termine que la veille de son expédition à New York pour l'exposition à la André Emmerich Gallery.

 

Hockney déclarera à propos du tableau : « Je dois admettre que j'ai adoré travailler sur ce tableau, [...] travailler avec une telle intensité ; c'était merveilleux, vraiment passionnant ».  La création de ce tableau et la rupture entre Hockney et Schlesinger seront mises en scène dans le documentaire semi-fictif de 1974 intitulé A Bigger Splash, qui tire son nom du tableau de Hockney datant de 1967. Ce tableau est devenu lors de sa vente chez Christie’s le 15 novembre 2018 pour 90.3 millions de dollars le tableau d’un artiste vivant le plus cher jamais vendu.

 

2. Les portraits de Peter exécutés à Paris en mars 1972, ou la mise en image d’une rupture

 

L’exposition organisée du 13 au 31 Mai 1972 à la André Emmerich Gallery présentait plusieurs dessins exécutés à Paris en mars 1972, dont ce portrait de Peter Schlesinger daté du 13 mars 1972, reproduit ci-dessous d’après le catalogue de l’exposition où il était présenté sous le titre « Paris March 13th, 1972 ».

 

Il s’agit tout de fois bien d’un portrait de Peter Schlesinger comme indiqué au dos d’une reproduction conservée dans les archives de Kasmin Ltd [2], une galerie londonienne dans laquelle ce dessin sera également présenté lors de l’exposition consacrée à l’artiste ouverte le 6 décembre de cette même année 1972. A l’instar de notre portrait, Peter Schlesinger y est représenté légèrement de côté, les jambes largement écartées.

 

Au moins deux autres portraits de Peter, également de la même taille (17 x 14 in.), datent de cette même période et ont vraisemblablement été également réalisés pendant ce séjour parisien, alors qu’Hockney s’apprêtait à partir pour Saint-Tropez afin d’achever son Portrait d’un artiste. Le premier « Portrait of Peter 1972 » provient également de la André Emmerich Gallery [3]. Le deuxième « Reclining Boy 1972 » a figuré dans l’exposition de 1972 à la Kasmin Ltd [4].

 

Ces portraits ont un commun une dextérité époustouflante : ils ont été entièrement réalisés à l’encre, à main levée, sans le support d’un dessin préparatoire, ce qui explique d’ailleurs pourquoi le dessin n’est pas exactement centré, certains traits s’étendant jusqu’au bord de la feuille. Ces quatre portraits présentent tous une image à la fois assez distante et en même temps un peu fuyante de Peter Schlesinger : jamais le modèle (toujours représenté entièrement habillé) ne regarde l’artiste.

La position des mains croisées sur la braguette du pantalon nous parait constituer un symbole explicite de ce refus de toute nouvelle relation sexuelle. Cette position est particulièrement évidente dans le portrait que nous présentons, dans lequel Peter Schlesinger est représenté dans une position presque provocante, les jambes largement écartées. Nous ressentons d’ailleurs l’existence d’une tension sourde entre l’artiste et son modèle, comme si celui-ci voulait clairement exprimer que tout était définitivement fini entre eux.

 

L’époque des portraits extrêmement érotiques (voire presque pornographiques) réalisées quelques années auparavant à Powis Terrace était bel et bien terminée…

 

3. Encadrement

 

Notre dessin a été réencadré par sa dernière propriétaire au début des années 80 en utilisant un passe-partout qui réduit assez fortement la vue afin de cacher les décharges de l’ancien montage à quelques centimètres du bord. Dans l’impossibilité d’atténuer ces traces, nous avons choisi de conserver ce montage, cachant une partie des deux jambes dont le dessin allait jusqu’au bord de la feuille.



[1] The David Hockney Foundation

[2] Getty Research Institute, acc. no. 2001.M.1 – box 133 folder 6 (stock 4816. Coll. Emmerich)

[3] Ce portrait a récemment été vendu par la David Lawrence Gallery de Beverly Hills.

[4] Getty Research Institute, acc. no. 2001.M.1 – box 133 folder 8 Coll. Todd White, 6462/C